l’histoire d’amour avec notre malheur

Le chose la mieux partagée est monde est la double personnalité. Nous sommes deux. Façon de parler ? Pas tant que ça. Ok pour le dialogue intérieur, c’est une façon de voir les choses. Nous naissons seul et peu à peu, c’est à espérer, nous inventons notre jumeau. Il y a un être en nous, qui nous est donné, façonné par nos parents, par leur histoire, leurs névroses. C’est une victime. Heureuse peut-être. Un être comme tenu en laisse par son origine. Si nous avons de la chance, c’est à dire si nous connaissons un de ces accidents bienheureux qui arrivent dans notre cerveau, alors on peut se mettre à faire naître cet être, jumeau de notre moi, un jumeau qui serait enfant du premier. C’est bizarre, je sais mais ça se passe comme ça. On aime notre malheur. On y tient. Parce que c’est notre famille. C’est notre passé. Par fidélité. Parce que ça a été notre nourriture, notre air. On y respire. Alors que le bonheur, ce bel air, on a pas les poumons pour ça : on a des branchies merde comment ça se fait ? Comment on fait bordel pour respirer ce truc doré qui a l’air si sensationnel ? Il va falloir qu’on fasse des changements profonds en nous. Biologiques. Physiques. On va se transformer en un autre animal. On va trahir, d’une certaine façon. Mais c’est une trahison joyeuse. Il faut être déloyal à ce qui veut nous nuire. On se délivrera vingt ans plus tard. Mais la délivrance à un effet rétroactif. Alors faisons ça pour celui que nous étions. Arrachons-le au malheur. Dans ce malheur où on a l’impression d’être proche de lui, de le tenir dans nos bras. La communion dans la douleur. Saleté de langage. Saleté de contentement, de plaisir et de larmes qui nous font voyager dans le temps, avec l’illusion que nous tenons chaud à celui que nous étions, que nous lui tenons compagnie. Moi je dis : connerie. Piège. Facilité. Ce n’est pas de la fidélité. Tout le contraire. C’est la trahison totale. Si tu veux être fidèle, alors sois heureux pour celui que tu étais. C’est comme ça qu’il sourira, c’est comme ça que tu le sauveras.br /Ce bonheur nouveau nous fait suffoquer. Mais est-ce qu’on a vraiment besoin de respirer ? On peut retenir sa respiration le temps de trouver un havre. On peut imaginer autre chose. S’évanouir, lâcher prise, croire qu’on va mourir un peu, et se relever d’entre les morts. Ne pas paniquer parce l’air n’entre pas dans nos poumons. Crise d’asthme. Classique. Dans ces cas là, on garde son calme. Et ça passe. Les poumons se remettent en marche. Doucement. Ils apprennent ce nouvel air. Ils ne le rejettent pas. Ils s’y font. Il blesse encore. Mais bon dieu c’est si bon. Alors on continue à s’entraîner. Et un jour on respire vraiment. Nos poumons se sont adaptés. Nous n’avons plus besoin de notre malheur pour exister, pour nous identifier, pour être quelqu’un. Nous sommes heureux, ce n’est pas toujours simple. Oh non. Mais c’est quand même autre chose que notre vie d’avant. La vraie vie commence. Ce n’est pas trop tôt.

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.