il s’agit maintenant de me sauver

La ligne de départ s’élargit sous mes pas, je veux dire bientôt elle sera aussi large que la piste elle-même et je serai arrivé sans être jamais parti. Ce serait dommage. Déjà 15h et je tourne en rond, j’ai décortiqué mon déjeuner, analysant chaque ingrédients, le regardant, parlant avec lui, j’ai répondu trop en détails à des emails, j’écris ce post. Se mettre au travail c’est se laisser tomber, s’abandonner à la chute. Je suis assis sur le rebord, le vide sous mes pieds, le vent qui souffle, je ne vois pas le fond du précipice, mon ventre me fait mal.

Je respire profondément et, en poussant légèrement sur mes bras, je me fais basculer dans le vide. Mes yeux se plissent, des larmes commencent à se former, mes cheveux sont couchés par la force du vent, l’air est frais sur mon visage. J’entrouvre légèrement la bouche, comme un baiser doux et timide, l’air glisse sur ma langue. J’écarte les bras pour ralentir la chute et parce qu’il me semble que c’est plus beau ainsi. Le sol est encore trop loin pour que je le vois. Il me reste peu de temps, mais parfois peu de temps c’est une éternité. Le temps de la chute, avant de m’écraser sur le sol, il faudra que je m’invente un parachute. J’ai sauté dans le vide, en toute conscience, il s’agit maintenant de me sauver. Il n’y a pas plus belle promesse. Rien de plus excitant.

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